Des étudiants de l’ENS à la COP26

Dans le cadre du séminaire Négociations climatiques, géopolitique du climat et COP

La COP26 se déroule actuellement jusqu’au 12 novembre 2021 à Glasgow. Dans le cadre de leurs études, une délégation de 7 normaliens, aux parcours et engagements variés, s’est rendue sur place. Leur objectif ? Observer les séances de négociations intergouvernementales et participer à des side events. Les étudiants et étudiantes reviennent ici sur leur parcours et les raisons de leur engagement.
De gauche à droite : Cassandra Windey, Théophane Hazoumé, Esther Loiseleur et Manon Malsang, 4 des 7 normaliens et normaliennes membres de la délégation 2021 COP-ENS
De gauche à droite : Cassandra Windey, Théophane Hazoumé, Nolwenn Schmoderer et Manon Malsang, 4 des 7 normaliens et normaliennes membres de la délégation 2021 COP-ENS

Dirigé aujourd'hui par Ga?lle Ronsin avec Alessandra Giannini et Aglaé Jézéquel, le séminaire Négociations climatiques, géopolitique du climat et COP est né en 2018 de la collaboration entre un étudiant, de la direction des études de l'ENS et du Centre de formation sur l'environnement et la société (CERES). Dans le cadre de celui-ci, normaliens et normaliennes ont notamment l'opportunité de partir assister à la COP en tant que délégation observatrice.

Depuis, ce sont ainsi une dizaine d’étudiants et étudiantes de l'ENS qui foulent chaque année les moquettes bleues des Nations Unies lors des COP, et se glissent dans les salles de négociations, théatre de l’ambition climatique internationale. En 2021 ce sont Akim, Cassandra, Esther, Manon, Matthieu, Nolwenn et Théophane qui ont fait le voyage jusqu’à Glasgow pour participer à la COP26, du 31 octobre au 12 novembre 2021.

Au-delà de leur r?le d’observateurs, les sept normaliens participent et organisent également des side events en marge des débats et effectuent des compte-rendu réguliers des négociations, le tout à destination du grand public mais aussi auprès de classes de collèges et lycées. étudiants en sciences sociales, en géographie, économie, biologie, physique ou géosciences, ils nous expliquent ici les raisons de leur engagement et leurs missions durant la COP.

Théophane Hazoumé
Théophane Hazoumé , 3e année, département de biologie

? Affiner ma compréhension des acteurs clés de la transition, et des modes d’action face aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui ?

Il y a déjà quelques années, c’est la lecture du rapport Les limites à la croissance, écrit par quatre chercheurs du MIT, qui a déclenché mon envie d’agir pour contribuer à l’accélération de la transition socio-environnementale de nos sociétés. J’ai commencé par me focaliser sur la dimension environnementale, en étudiant les sciences du vivant, dont l’écologie, à l’ENS et je poursuis cette année au sein du cursus environnement de l’école des Ponts ParisTech.

Je n’ai pas encore identifié la forme d’action qui me corresponde le mieux, alors j’essaye de multiplier les expériences académiques et extra-académiques pour affiner ma compréhension des acteurs clés de la transition, et des modes d’action face aux défis majeurs auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui. L’année dernière par exemple, je me suis intéressée à l’action privée, via la création d’une association visant à promouvoir et accompagner l’innovation socio-environnementale dans l’industrie de la mode. Cette expérience m’a convaincue de la nécessité de mieux comprendre les interactions entre action publique et action privée, et les relations entre la recherche académique et la prise de décisions.

à la COP 26, je suivrai de fa?on croisée les enjeux de justice sociale et de la transition énergétique. Je compte les appréhender principalement par le prisme des acteurs de la société civile, et à travers un focus appuyé sur les entreprises. Je me réjouis de pouvoir profiter de l’enceinte de la COP pour interagir avec des acteurs venus de multiples endroits du monde, et nourrir un regard critique, et nuancé, sur ces enjeux !

Esther Loiseleur
Esther Loiseleur, 4e année, département de Sciences sociales

? C’est en voyant le retour des normaliens et normaliennes partis à la COP24 que j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet, en prenant conscience que j’ignorais alors beaucoup de choses ?

Je suis passionnée par les négociations climatiques et, plus largement tout ce qui touche au climat depuis mon entrée à l'école en 2018 - l’année des grèves pour le climat de la jeunesse, les fameux “Fridays for Future”, et de la COP 24. C’est d’ailleurs en voyant le retour des normaliens et normaliennes partis à Katowice pour les négociations que j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet, en prenant conscience que j’ignorais alors beaucoup de choses ! Depuis, je me suis engagée sur ces thématiques à travers mon travail académique, et je commence cette année une thèse sur les risques transfrontaliers émergents à l’ère de l’anthropocène. En parallèle de mes études, je suis également devenue intervenante puis présidente de l’association JAC-Jeunes Ambassadeurs pour le Climat. Avec eux et le Réseau étudiant pour une Société écologique et Solidaire (RESES), j’ai déjà participé à une pré-COP en juin 2019.

à Glasgow, je suivrai surtout le volet “adaptation” des négociations. Je suis curieuse de voir ce que donneront les discussions à venir, 5 ans après l’Accord de Paris, alors que le bilan de ce dernier reste mitigé et ne donne pas beaucoup de résultats concrets…

Manon Malsang
Manon Malsang, 3e année, département de Géosciences

? Répondre aux défis sociétaux en travaillant avec la nature pour protéger les réserves de carbone par la gestion durable, la restauration des écosystèmes naturels ?

éveillée aux sciences du climat au sein du Master du département de Géosciences, je vois la COP26 comme une opportunité majeure de catalyser la transformation nécessaire pour lutter contre la perte de biodiversité et le changement climatique.
Ces deux crises étant liées, la recherche a montré que la biodiversité peut soutenir l'action climatique à travers le concept de solutions basées sur la nature (NBS). Je m’intéresserai durant la COP26 à ces NBS qui sont récemment devenues importantes dans le discours international sur les politiques et les entreprises.? Elles répondent aux défis sociétaux en travaillant avec la nature pour protéger les réserves de carbone par la gestion durable, la restauration des écosystèmes naturels. Elles sont présentées offrant des avantages pour l'atténuation et l'adaptation au changement climatique, améliorer la biodiversité, promouvoir le bien-être humain et soutenir la reprise économique notamment dans les pays très vulnérables aux impacts du changement climatique et aux niveaux élevés de biodiversité.

Cependant, ce scénario gagnant-gagnant n'est pas garanti (conséquences négatives sur les populations locales, question des investissements et délais, …). Je vais donc aller à la rencontre de différents acteurs contribuant au développement de projets s’appuyant sur ces NBS.
J’espère trouver au travers des discussions, négociations, groupes de travail, des éclairages que je décrirai durant et après la COP : Est-ce que la COP permettra la mise en place d’une action ambitieuse d'atténuation du changement climatique combinant diminution rapide des émissions de GES avec une mise à l'échelle rapide de NBS robustes et durables ?

Matthieu Ombrouck
Matthieu Ombrouck, 3e année, département d’économie

? Aucune transformation écologique ne pourra se faire sans l'économie ?

Si je suis aujourd’hui étudiant en économie spécialisé en politique public, c’est car les enjeux climatiques et de biodiversité sont à mes yeux essentiels. Aucune transformation écologique ne pourra se faire sans cette discipline et sans cette dimension de la vie politique. Services écosystémiques, décarbonation des villes moyennes, Bilan Carbone de l’ENS, Congrès Mondial de la Nature (projet Biodiv’ENS), (macro)économie de la biodiversité… Voici en quelques mots mes sujets de prédilection et expériences passées.

Ma participation à la COP 26 aura une teinte similaire à celle de mon parcours, à savoir l’analyse des liens entre politiques climatiques et biodiversité. En d’autres termes, la biodiversité est-elle considérée au sein de cette COP climat et si oui, de quelle manière ?

Nolwenn Schmoderer
Nolwenn Schmoderer, 3e année, département Géographie et territoires

? Je m’intéresse autant à la dimension locale et internationale des questions environnementales ?

Si je me consacre aujourd'hui à l'échelle internationale des négociations, c'est d'abord par une dimension plus locale que j'ai été amenée à m'intéresser aux questions environnementales. C'est d'abord par le scoutisme que je me suis interrogée sur notre rapport à la nature et aux générations futures. Puis, avec un premier master sur les politiques urbaines, j'ai investigué les enjeux locaux de la transition, notamment dans les villes des pays dits du Sud.
J'ai ensuite rejoint les Jeunes Ambassadeurs pour le Climat (JAC) en tant que rédactrice puis rédactrice en cheffe de L'Ambassadeur, le média des JAC, et suis devenue une abonnée des projets et des conférences du CERES, notamment en m’investissant dans le Bilan carbone de l’ENS, mené l'année dernière.

Je me spécialise aujourd'hui sur la région Moyen-Orient Méditerranée et m'interroge sur l'impact du changement climatique sur la diplomatie des pays du Golfe.?à la COP 26, j'observerai de près les états du Conseil de Coopération du Golfe (Arabie Saoudite, émirats Arabes Unis, Kowe?t, Qatar, Bahre?n et Oman) et mènerai des entretiens avec les diplomates et la société civile golfien.ne.s.

Akim Viennet
Akim Viennet, 3e année, département de Physique

? Faire passer les messages scientifiques clés aux bonnes personnes fait également partie du combat ?

En dernière année à l’ENS en physique du climat, la lutte contre la catastrophe écologique en cours a toujours été cruciale pour moi. Après quelques années d'engagement associatif et militant,je l’aborde ces derniers temps davantage en tant que scientifique, notamment en ce qui concerne les couplages entre écosystèmes et climat. Il reste tant de mécanismes à comprendre, et je suis convaincu que faire passer les messages scientifiques clés aux bonnes personnes fait également partie du combat. En cela, la COP sera pour moi une occasion rêvée pour me rendre compte de la fa?on dont les dernières connaissances scientifiques sont prises en compte dans ces négociations très politiques.

Je suivrai en particulier les articles dont les conséquences touchent directement les écosystèmes et la biodiversité, enjeux trop souvent laissés en deuxième plan. Même si je ne m'attends pas vraiment à une avancée significative lors de cette COP, j'ai également très hate de pouvoir sonder les mentalités et les points de vue des différentes délégations, ainsi que de pouvoir partager autour de moi les dessous de ces négociations, parfois très opaques.

Cassandra Windey
Cassandra Windey, 3e année, département Géographie et territoire

? Se faire l'écho des débats de Glasgow afin de capter l'attention de celles et ceux qui ne s'intéressent pas encore à ces problématiques ?

Je me suis intéressée aux enjeux du réchauffement climatique à travers le prisme de la finance-climat et de l’adaptation. En 2020, j’ai rejoint l'équipe Bilan carbone de l’ENS qui a établi la première évaluation de l'empreinte carbone de l’école. Une expérience collective formidable qui a conduit au vote par le Conseil d'Administration d'un plan d'action de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'ENS ! En parallèle, j'ai contribué à des projets de recherche menés par diverses institutions à Paris, Londres et dans sept pays du Sahel afin d'acquérir une expertise sur la question de la résilience des sociétés.

Aujourd'hui, c'est avec grand plaisir et une immense fierté que je prends part à la délégation normalienne à la COP26, avec deux objectifs : réfléchir au r?le des mécanismes d'aide au développement dans le combat pour l'atténuation et l'adaptation au réchauffement climatique, puis me faire l'écho des débats de Glasgow afin de capter l'attention de celles et ceux qui ne s'intéressent pas encore à ces problématiques, et leur permettre d'acquérir la grammaire fondamentale de ces enjeux titanesques. Au programme à notre retour : sessions de tutorat avec des lycéens du programme TalENS et conférences de restitution à l'attention de l'ensemble de la communauté normalienne.

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à propos du séminaire Négociations climatiques, géopolitique du climat et COP

Le séminaire est ouvert au-delà de la délégation COP : il accueille cette année comme l'an passé une cinquantaine de normaliens et étudiants d'autres établissements.
Dirigé par Ga?lle Ronsin avec Alessandra Giannini et Aglaé Jézéquel, ce séminaire prend la forme d'un cycle de conférences, d'abord généralistes (historique, enjeux économiques, pratique de la négociation) puis plus spécifiques (notamment sur le r?le des acteurs non gouvernementaux) au fil du semestre. Son apport est principalement empirique, puisqu'il permet aux étudiants de comprendre les fondements et l'actualité des négociations climat.

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